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A bas la mort - les Straubs, Pavese et constellation
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Giorgio Passerone

« Ceux qui risquent leur vie pensent en termes de vie, et pas de mort, d'amertume et de vanité morbide. Les résistants sont plutôt de grands vivants. Jamais on n'a mis quelqu'un en prison pour son impuissance et son pessimisme, au contraire »1.

à Fanny D., à J.-M. S.

 

1. Lied. L’aimée disparaît, l’ami inquiétant est perdu2, la coda de « l’Adieu » du Chant de la Terre condense l’écran noir : comment arracher ce noir au modèle mythique et personnel de l’abîme, comment le convertir en une audition et en une vision, pour que l’expérience intense de la mort nous rende une nouvelle chance, commune et élargie, de vie ?

Il aura fallu que l’hétérophonie des lignes mélodiques, les réminiscences des chants d’oiseaux, des chansons à boire et des danses populaires teintées d’Orient3 suscitent le spectre contemplatif des joies et des douleurs du cycle des saisons, et que leur unisson imprécis, avec la ligne rythmique de la profonde respiration de la Terre, esquissée seulement, entr’aperçue, suggérée dans les cinq premiers lieder, résorbe la longue déploration funèbre du récitatif qui précède la conclusion. Alors, la raréfaction extrême du matériau musical, la voix et les instruments étroitement imbriqués, le « total-thématisme » du motif et de la variation, captent tous les décalages entre la ritournelle englobante de la terre et les ritournelles territoriales, les rassemblent dans les cellules d’un agencement sonore qui libère le contrepoint des contraintes et des lois de la pesanteur : l’attraction anéantissante, sans issue, du fond (l’impossible fondation) se transforme, dans l’effondement d’un mouvement descendant-ascendant où les nombreux contrechants territoriaux – les sonorités grêles de la mandoline, les « gruppetti » ailés du hautbois –, amplifient, ouvrent le lebensthème de la voix orchestrée qui s’épanouit. Puis le rythme et la mélodie se désagrégent, la voix soliste s’épuise, jusqu’à répéter balbutiante à neuf reprises « ewig », et sept fois sur les mêmes notes Mi-Ré sans qu’elles atteignent jamais la tonique.